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L’École d’expression française en Afrique par Gaston M’bemba-Ndoumba aux Éditions L’Harmattan

13 avr

Photo : La couverture de L’École d’expression française en Afrique.

Le dernier livre de Gaston M’bemba-Ndoumba s’ouvre par une évocation tendre et personnelle des premières heures de son expérience d’écolier à l’âge de six ans

Avec douceur, chacun revit ses premières heures d’écolier, la « castration symbolique », expression empruntée à Françoise Dolto qui se traduit par le fait de « renoncer aux plaisirs d’être simplement un enfant et se jeter dans l’inconnu, ce monde immense que représente l’école ». Du port de l’uniforme à la rencontre avec le maître et l’appréhension du « symbole », cette pratique dissuasive instaurée autrefois par certains enseignants pour tout élève que l’on surprenait en train de parler sa langue maternelle.

À travers cette évocation de son parcours personnel, l’auteur dresse un bilan de l’école d’expression française telle qu’elle a existé après la décolonisation. En partant d’une constatation historique, situant l’avènement de l’école dans un contexte dominé par l’installation du système colonial, l’essayiste explique comment la machine coloniale a su, à travers la progression de son expansion économique, contrôler l’école. Une institution, dont la mission aura été de former la main-d’œuvre nécessaire à l’exécution des tâches administratives. On découvre comment le mode de production capitaliste assurera sa domination au sein de la formation sociale congolaise à partir des années 1930. La réorganisation de l’école et la hiérarchisation voulues par le gouverneur général de l’AEF répondaient à« une nécessité de mettre au point une infrastructure pour bien exploiter les colonies ». (p. 23)

L’école apparaît alors dans les conditions de son apparition comme un agent économique. Malgré les luttes du mouvement anticolonial, on découvre la relative facilité d’imposition de la langue française, les rapports de forces entre l’administration coloniale et les langues africaines. La politique coloniale en matière d’enseignement imposait qu’une seule langue soit enseignée « dans les écoles, admises dans les tribunaux, utilisée dans l’administration », considérant toutes les autres langues comme relevant du folklorique et de l’obscurantisme.

À travers des éléments historiques et des archives, Gaston M’bemba-Ndoumba donne la parole aux tenants du système colonial pour faire lire l’orientation de l’enseignement qui tendait à une francisation à outrance. Puis il souligne l’ambiguïté des rapports des Africains à la langue française, dont l’enseignement semble les éloigner du contexte africain.

Son analyse de la pratique de la langue française dans la société congolaise montre comment le français au Congo est devenu au fil du temps un moyen d’oppression de l’élite et par conséquent un moyen d’oppression des non-francisés qui sont souvent, explique-t-il, « confortés aux travaux mal rémunérés ».

L’inadaptation de l’enseignement aux langues parlées au Congo a favorisé une sorte de fausse conscience qui s’illustre, écrit-il, par le comportement de certains« parents qui protestent contre l’utilisation, même partielle, des langues africaines à l’école », en disant qu’ils n’envoyaient pas leurs enfants à l’école pour apprendre, par exemple, le lingala, mais bien le français. Cette fausse conscience au plan linguistique, qui reconnaît au français seul « la capacité de distribuer l’instruction scolaire est, ajoute-t-il, due à un manque d’information sur les langues du pays ».

L’originalité de ce livre réside dans le fait qu’il ouvre un pan de l’histoire de l’arrivée de cette langue utilisée en Afrique francophone et fait lire l’histoire d’un malentendu entre deux univers culturels différents.

Meryll Mezath

Par Jrang An@go.

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